Rémy Hildebrand



Comité européen Jean-Jacques Rousseau

Chère Françoise,

La chronique de ta vie pourrait aussi s’appeler « une assistance sociale devenue historienne ».

Il y a plus de 30 ans, lors de la création du "Comité européen Jean-Jacques Rousseau" ton enthousiasme, ton intuition d’historienne, ton goût pour la préservation du patrimoine ont guidé ton choix. Spontanément tu as adhéré à ce nouveau comité, comité chargé d’une seule mission : mettre en valeur la maison natale de Jean-Jacques Rousseau au 40, Grand-Rue.

Ce choix fut une évidence pour la raison suivante. Quelques années auparavant, plusieurs membres de ta famille ne se sont-ils pas réunis, associés, regroupés pour éviter la disparition de la propriété de Voltaire aux Délices ? Préservant ainsi la maison de la démolition. Aujourd’hui, la Ville de Genève est fière d’honorer la vie et l’œuvre de Voltaire et des chercheurs du monde entier viennent y travailler avec bonheur. Bien entendu, ta famille avait raison bien avant l’arrivée sur la scène politique des protecteurs de notre univers culturel !

Pour le 40, Grand-Rue, Maison natale de Jean-Jacques Rousseau, tu t’es battue et tu as signé des pétitions. Aux réunions du "Comité européen Jean-Jacques Rousseau" tu apportais les meilleures idées, les mises en valeur de ce lieu t’importait par-dessus tout. Un jour, l’Université de Genève t’appelle et durant une demi-heure, tente de te persuader de cesser d’apporter ta caution à ce projet.

Pour l’Université, la Maison natale de Rousseau n’était pas une priorité puisqu’il existait un "Musée Rousseau" à côté de la Bibliothèque publique et universitaire.

Tous les arguments de l’académie n’ont fait que renforcer ta détermination, accentué tes efforts pour rendre à Jean-Jacques Rousseau un hommage à la hauteur de son courage. N’est-il pas le philosophe qui a publié des ouvrages sur des questions l’actualité évoquant page après page l’affranchissement de l’homme prisonnier de a priori, dépendant des préjugés de la société. N’a-t-il pas risqué sa vie, ses livres n’ont pas été brûlés ? L’Université n’appréciait guère que l’on parle de la famille Rousseau et de l’enfance de Jean-Jacques. Cela pouvait laisser planer l’idée d’un Rousseau provincial ! Aussitôt, tu trouvais les arguments, l’assistance sociale devenait une avocate redoutable. L’Université a cessé définitivement de t’appeler. Tu gagnais tes galons d’éminente rousseauiste.

Chère Françoise, tu désirais que la liberté enseignée par Jean-Jacques Rousseau devienne une réalité pour Genève. Non seulement tu aimais évoquer ses idées, tu voulais mieux faire connaître l’histoire de Genève en éditant un livre que tu offrais à tes amis. Tu aimais aussi Jean-Jacques Rousseau le joueur d’échecs. En effet, Jacques, ton cher époux, publiait des séquences des parties d’échecs. Ainsi a-t-il commenté la partie d’échecs de Jean-Jacques Rousseau face à Giroud, à Burdillon, à Baudron, au Maréchal de Luxembourg, à Bagueret et surtout à Philidor, joueurs redoutables qui chaque matin se rendait au café "le Procope" dans le VIe arrondissement.

Ainsi lorsque Jacques en publiant des articles, restituait les parties d’échecs de Rousseau, toi, notre chère Françoise, tu inventais une stratégie pour ouvrir un jour, aux touristes, aux pèlerins, aux élèves, aux étudiants, le 40, Grand-Rue.

Vous appartenez tous les deux à ces familles genevoises qui ont compris dès la parution de ses livres, les idées maîtresses de Jean-Jacques Rousseau.

Aujourd’hui, votre couple est associé à nos pensées de reconnaissance, rien de votre engagement n’est oublié. Rien de votre temps offert à notre patrimoine n’est passé sous silence. Vous êtes tous les deux des Genevois qui ont fait honneur aux idées pour lesquels l’on aime se battre, l’on aime croire, l’on donnerait sa vie pour les perpétuer. Ce goût pour la liberté vous grandit, vous honore, nous inspire jour après jour. Je tenais, au nom du "Comité européen Jean-Jacques Rousseau", en cet instant, à te dire toute notre gratitude.

Genève, le 5 mars 2018