Rémy Hildebrand



Président du Comité européen Jean-Jacques Rousseau



Prix 2017 : Quiconque veut être libre (*)

du Cercle Rousseauiste attribué à Manon Schick, le 23 mai à Genève

Les pratiques discriminatoires à l’égard des femmes et des enfants que l’auteur décrit dépassent l’imagination. Au bénéfice d’un encadrement éducatif et d’une scolarité « privilégiée » Manon Schick (1) témoigne, révèle, restitue les incroyables récits que ses « héroïnes » lui racontent. Le travail quotidien de l’auteur, ses missions, ses entretiens, son militantisme au sein de l’organisation internationale d’Amnesty International, lui donne la possibilité de rencontrer des femmes atrocement exploitées, sauvagement agressées en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique (du Nord et du Sud). Confrontée au changement de mentalités au sein des sociétés patriarcales, l’auteur rend hommage à 11 femmes inconnues du grand public, déterminées, courageuses, bravant la mort, la torture, l’humiliation pour la défense de leurs droits, des droits universels.

Jackelie Rojas, de Colombie, milite pour la paix ; Nareen Shammo, d’Irak exilée en Allemagne écrit la souffrance de son peuple ; Marisela Ortiz, du Mexique énumère l’incroyable disparition, si rarement dénoncée, des femmes; Kasha Jacqueline Nabagesera, militante d’Ouganda lutte contre les idées préconçues sur l’homosexualité ; Justine Masika Bihamba, de la République du Congo accueille des femmes victimes de viols dans une quinzaine de maisons, elles y reçoivent une formation, suivent des cours d’alphabétisation, entrent dans des ateliers de restitution de la parole. (Sa tâche ressemble à celle d’un ministre de l’éducation) ; Müzeyyen Nergiz, de la Turquie lutte contre l’atrocité des violences domestiques ; China Keitetsi, d’Ouganda ancien enfant soldat réfugiée au Danemark. Dans son pays d’origine, elle propose à des milliers d’enfants une scolarisation en vue de l’acquisition d’un métier. De sa vie cauchemardesque, elle publie la chronique qui devient aussitôt un best-seller. (2) Amal Nasr, de Syrie, installée en Suisse, œuvre pour la réconciliation des habitants de son pays par des négociations pacifiques. Serkalem Fasil d’Ethiopie, se réfugie aux Etats-Unis suite à une condamnation pour la parution d’articles et l’édition de journaux. Emprisonné, son époux reçoit des distinctions notamment le Prix PEN, donné aux écrivains persécutés ; Radhia Nasraoui, de Tunisie, exemplaire avocate des droits de la femme ; Leila Alikarami, d’Iran, pionnière du combat civique et politiquement engagée.

Résister à l’arbitraire, poursuivre le combat. Quelle profession de foi ; Ces femmes répondent à une voix intérieure, à un appel messianique, à une mission tenace, essentielle, urgente. Leur séjour en détention n’ont fait que renforcer leur volonté de travailler à la libération de l’humanité. Avec détermination, Manon Schick accomplit une tâche vocationnelle en relatant l’espoir en une vie meilleure de ces 11 héroïnes qui, ignorant l’impossible, se battent pour leur liberté, leur dignité. Ne sont-elles pas le sel de notre univers ? Nous devons croire en elles. Les encourager. Le Ciel fasse qu’elles triomphent !

(1) Mes héroïnes : des femmes qui s’engagent, Editions Favre, 2016.
(2) La petite fille à la Kalachnikov. Ma vie d’enfant soldat, Bruxelles, GRIP, 2004.

(*) Lauréat(e)s : Rémy Hildebrand, 2013 ; Jean-Claude Ameisen, 2014 ; Jean Ziegler, 2015 ; Aline Helg, 2016.