Rémy Hildebrand



Président du Comité européen Jean-Jacques Rousseau

Un visiteur du Salon international du livre et de la presse : Jean-Jacques Rousseau !

Dès les premières pages des Confessions, Jean-Jacques Rousseau parle de sa passion pour la lecture, effet d’inoubliables moments passés avec son père à lire les ouvrages - notamment des romans que sa mère possédait. Jean-Jacques et son père Isaac ne cessent de s’adonner à cette occupation aussi bien durant le jour qu’à la veillée.

Nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants ; mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. (1)

Au cours de ces instants privilégiés, Isaac Rousseau prend-il autant de plaisir que son fils ? Le séjour de L’horloger du sérail (2) a exercé son attention, rien ne le fascine plus que les récits de chasseurs et la vie des voyageurs…

Remémorant cette période, Jean-Jacques Rousseau observe que lire de manière intense accroît la soif de découvrir d’autres récits, de connaître le dénouement d’autres romans. Son enthousiasme l’incite à apprendre par cœur des sermons sur les mystères divins. La mission de l’homme sur la terre le captive. Il fait siennes les interrogations de Bossuet sur l’homme et son âme.

Il ne peut abandonner la lecture de Plutarque, peinture de l’âme humaine, sorte de traité pédagogique. Le moraliste grec n’a rien oublié de ses nombreux voyages.

L’imaginaire érotique et l’enseignement d’Ovide sur l’art d’aimer retiennent son attention. Jean-Jacques Rousseau s’inspire du génial Molière, de son impertinence. Jean-Jacques Rousseau admire son courage à dénoncer les artifices de la société parisienne, les impostures qu’engendre la rigidité des classes sociales. L’énumération serait imparfaite, si l’on oubliait de parler des personnages auxquels Jean-Jacques Rousseau aime à s’identifier : Agesilas, Brutus, Aristide, Roi, fils de Roi, Général, Politicien intègre, tour à tour vainqueurs ou vaincus. La diversité de ces lectures serait pour Jean-Jacques Rousseau à l’origine de sa liberté de penser, de son goût pour les vertus républicaines ?

A ses yeux l’ouvrage intitulé Robinson Crusoé du romancier anglais Daniel Defoe, constitue la référence majeure.

Ce personnage accompagne Emile dès son plus jeune âge. Jean-Jacques Rousseau écrit : Il existe un livre qui fournit à mon gré le plus beau traité d’éducation naturelle, ce livre sera le premier que lira mon Emile, seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque et dans les temps il y tiendra une place distinguée. (3)

Ainsi, Jean-Jacques Rousseau crée-t-il un nouveau système éducatif : une pédagogie associant la créativité et l’acquisition des connaissances. Il écrit : Ce roman débarrassé de tout son fatras, commençant au naufrage de Robinson près de son île et finissant à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer, sera tout à la fois l’amusement et l’instruction d’Emile durant l’époque dont il est ici question. (4) L’on retrouve le mot fatras sous la plume de Rousseau ; lorsqu’il devient pensionnaire, à l’initiative de sa tante, à Bossey, auprès du pasteur Lambercier et de sa sœur.

A ce sujet, Jean-Jacques Rousseau s’imagine aller vivre dans une petite pension familiale au presbytère de l’église de ce lieu dit, en compagnie de son cousin. Chez le pasteur Lambercier, Jean-Jacques Rousseau est persuadé qu’il devra suivre des leçons privées afin d’apprendre, avec le latin, tout le menu fatras dont on l’accompagne sous le nom d’éducation. (5)

Revenons à Robinson Crusoé, héros de Jean-Jacques Rousseau. Serait-il un archétype à l’origine du traité sur l’éducation de Jean-Jacques Rousseau ? Ou Emile devrait-il prendre exemple sur Robinson Crusoé pour construire sa vie, pour déterminer la priorité de ses goûts et non selon les préjugés de sa société ? Robinson Crusoé ne considère-t-il pas la nature comme une alliée, le travail comme source de créativité ? Située à l’écart des villes peu tournées vers la satisfaction des besoins de l’homme, l’île de Robinson Crusoé devient symbole. Une existence aspirant à mettre en valeur les facultés humaines devient une quête rousseauiste.

Jusqu’à son dernier souffle, il est solidaire du travail associant la passion à l’apprentissage scolaire. Il pense à la protection de la nature. Il ne cesse de parler de l’autonomie des êtres humains, de l’essor de l’humanité. Il craint l’avènement d’une civilisation prête à provoquer des déluges technologiques.

La musique, la philosophie, la pédagogie, le droit, la botanique pour ne parler que de ces cinq domaines, renouvelleront la réflexion de son temps. Il interroge le nôtre aujourd’hui encore ?

Le Salon international du livre et de la presse accepte depuis toujours d’accorder une place d’honneur au Citoyen de Genève, philosophe si décrié, pourtant si respecté.

En 2017, les exposants, les éditeurs, les médias se sont réjouis de participer à cette fête conviviale tant attendue, fête du livre où chacun honore l’être humain, son histoire, sa mémoire.

Notes
(1) Jean-Jacques Rousseau, OC I, p. -8
(2) Jean-Jacques Rousseau, Ibid., p.-6
(3) Jean-Jacques Rousseau, Ibid. p. 9
(4) Jean-Jacques Rousseau, OC IV, pp.-189-190
(5) Jean-Jacques Rousseau, Ibid., p.-190
(6) Jean-Jacques Rousseau, OC I, p. -12